La cour royale de Tiebele

tiebele burkina

Le village de Tiébélé se trouve au sud du Burkina Faso, à quelques kilomètres de la frontière avec le Ghana. Il comporte la plus grande chefferie du “pays Kassena”, appelée cour royale de Tiébélé.

L’ethnie Kassena fait partie du groupe des Gurunse. C’est une des plus anciennes ethnies installées au Burkina, dont le territoire s’étend sur le Ghana voisin. Les Kassena sont principalement animistes, religion traditionnelle pour laquelle ont lieu des séances de divination, des offrandes et des sacrifices. Le village et la cour royale sont encore aujourd’hui sous l’autorité du chef traditionnel, le Pé, qui est le garant de l’ordre social et préside les cérémonies coutumières.

 

L’organisation de la cour royale

 

Devant la cour royale de Tiébélé, des guides attendent les visiteurs prêts à découvrir le site, assis à l’ombre d’un grand baobab. La visite commence alors dès l’entrée, qui se compose d’éléments caractéristiques de la culture Kassena. Le premier d’entre eux est un figuier rouge majestueux qui atteste de la puissance de la chefferie et témoigne de l’ancienneté de la cour. A son pied, des pierres sacrées servent d’assises aux princes et habitants de la cour royale lors de réunions ou de sacrifices.

L’élément le plus étonnant est le “Pourrou”. Ce grand tas de terre et de déchets peut sembler a priori assez anodin pour les visiteurs non avertis. Il s’agit cependant d’une butte sacrée, sur le haut de laquelle “celui qui tape le tambour” annonce les nouvelles aux habitants, et où sont enterrés les placentas des nouveaux nés.

L’hôtel des sacrifices. A droite, le figuier et ses pierres sacrées, à gauche le bas du Pourrou.

tiebele burkina faso

A l’intérieur, la cour est divisée en concessions. Il s’agit de plusieurs zones réservées à des groupes de population précis. Il y a par exemple le domaine princier, où les princes héritiers vivent avec leurs femmes et leurs grand-parents, mais également le domaine des petits frères, le domaine du gardien des tambours et flûtes sacrées, etc. Ces zones ne sont cependant pas séparées physiquement, le passage de l’une à l’autre se fait très librement. On décompte alors entre 250 et 300 personnes vivant dans cette cour qui s’étale sur 1,2 hectares.

Les différents types d’habitation

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Les cases d’habitations sont construites en terre, en bois et en paille. Ce sont des matériaux locaux, que l’on trouve facilement, sur place et à moindre coût. Traditionnellement, la terre était mélangée à des fibres et à de la bouse de vache pour façonner les murs tel des sculptures. Aujourd’hui, les hommes utilisent plutôt des briques de terre crue moulées.

Les habitations peuvent avoir différentes formes, dépendantes de la situation sociale de leurs occupants :

Draa : case ronde typique, réservée aux célibataires, aux hommes âgés ou aux devins.

Dinian : case en forme de 8 aussi appelée maison mère. Celle-ci est destinée aux couples âgés et à leurs petits-enfants, car on dit qu’elles abritent l’esprit des ancêtres.

Mangolo : l’habitation rectangulaire, plus récente que les deux précédentes et dédiée aux jeunes mariés.

Exceptée la case ronde, ces constructions ont toutes des toits plats accessibles. Même si l’on trouve plusieurs greniers à grains au sein de la cour, ces terrasses permettent d’entreposer les récoltes et de les faire sécher au soleil, mais également d’y dormir pendant les fortes chaleurs de la saison sèche.

tiebele porte

Une autre particularité des cases rondes est la taille de leur “porte d’entrée” : il s’agit d’une petite ouverture de moins de 80 cm de haut, obligeant alors les habitants à s’accroupir pour pouvoir passer. En entrant, le visiteur doit ensuite se relever à moitié pour enjamber un petit muret avant de se retrouver vraiment dans la case. L’objectif de ce processus d’entrée plutôt compliqué est défensif : de cette manière, les habitants avaient le temps de voir si le visiteur, entrant littéralement la tête la première, était un ami ou un ennemi, choisissant ainsi de lui donner un coup sur la tête ou non.

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A l’intérieur de la case en 8 : là où l’on écrase les aliments comme le maïs, le mil, le gombo sec…

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La porte intérieure séparant deux pièces

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Les poteries, signe de prospérité, sont rangées près du foyer

L’art pictural de Tiebele

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A Tiébélé, ce sont les femmes qui s’occupent de la décoration des cases. Tous les ans, elles rafraîchissent les peintures murales avant la saison des pluies, vers le mois de mai. C’est un travail collectif dirigé par la plus âgée des femmes du groupe. Ces moments de travail permettent aux différentes générations de se retrouver et d’échanger, mais c’est surtout un moment de transmission de la culture Kassena. En effet, cette tradition de décoration murale nécessite des savoir-faire bien particuliers.

Tout d’abord, il faut préparer les peintures. Celles-ci sont fabriquées à partir de matériaux naturels, trouvés aux environs du village. Le rouge provient de la latérite ou terre rouge et symbolise la puissance et la force ; le blanc extrait du kaolin représente la mort, et le noir du graphite est la couleur de la terre. Les murs sont d’abord recouverts de terre argileuse mélangée à de la bouse de vache, puis humidifiés avec une décoction de cosses de néré. Cette épaisseur va alors permettre de créer des formes en relief ou d’y graver des dessins à l’aide de cailloux. Puis, une fois les peintures terminées, la décoction est de nouveau appliquée sur le mur afin de les protéger et de leur donner un aspect verni.

Toutefois, ces peintures ne sont pas simplement décoratives. Les motifs parlent, ils racontent une histoire et symbolisent des éléments de la vie quotidienne des habitants. Certains relèvent des pratiques anciennes tandis que d’autres sont plus récents, dont voici les principaux :

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Le macramé ou filet : pour ranger et suspendre les calebasses

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La canne : représente l’autorité et rappelle que les vieux et les handicapés ont toujours besoin d’aide.

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Les pointes de flèche : pour la chasse et la défense. Un homme doit savoir les fabriquer et les utiliser.

Les morceaux de calebasse : 4 jours après le décès d’une femme, on recouvre le chemin qui mène chez ses parents de morceaux de ses calebasses et ses poteries, pour l’accompagner vers la vie après la mort.

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Le filet de pêche : les Kassena ont dû partir pêcher au Ghana lors des grandes famines, ce qui les a sauvés.

Le lézard : signe de vie. On emménage dans une nouvelle maison seulement après qu’un lézard l’ait visitée.

Le serpent : totem des Kassena. On dit que lorsque l’on en voit un, c’est une grand-mère qui vient rendre visite à sa famille

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© Nathalie Jacquault

Reconnaissance de ce patrimoine

 

Cependant, la cour royale de Tiébélé constitue un patrimoine fragile. L’entretien annuel permet de la préserver mais elle est également menacée, notamment par des aléas climatiques comme l’érosion des sols et les inondations, les problèmes d’évacuation de l’eau, etc…

Heureusement, son intérêt touristique et l’engagement d’associations locales ont permis de mettre en valeur ce patrimoine et d’inciter les plus jeunes à s’engager dans sa conservation. Des moyens ont été engagés, et depuis 2012, le site de la cour royale est inscrit sur la liste indicative du Patrimoine mondial de l’Unesco.

Ce site nous a tellement plu, qu’on y a fait un shooting pour d’anciens produits !

 

 

Laissez-vous à votre tour porter par le charme des lieux…

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© Nathalie Jacquault

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© Nathalie Jacquault

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© Nathalie Jacquault

© Nathalie Jacquault

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© Nathalie Jacquault

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© Nathalie Jacquault