Pagne tissé

Le pagne tissé, levier de développement et d’émancipation

    Après vous avoir décrit les traditions et les usages du pagne tissé, appelé aussi Faso Dan Fani, tissu emblématique du Burkina Faso (lire l’article), nous souhaitons vous en dire plus sur les enjeux économiques et sociaux liés à cette étoffe. Auparavant tissé par les hommes, le Faso Dan Fani est aujourd’hui un symbole d’émancipation de la femme. Mis en avant par l’ancien président Thomas Sankara, il est une source de revenu intéressante pour la gente féminine et un symbole fort pour la patrie.

Pagne tissé

Il existe plein de motifs et de couleurs différentes pour réaliser les pagnes.

Une source de revenus

Pagne tissé

Ramata, une tisserande d’Afrika Tiss, en train de tisser dans la rue devant chez elle.

    Traditionnellement, le tissage, la filature et la teinture du coton étaient des activités divisées selon le genre. Ce n’est qu’à partir de 1955 que la production du pagne tissé sort de ce cadre social et culturel traditionnel. Des religieuses Mossis souhaitent alors faire du tissage une source de revenus et d’émancipation pour les femmes marginalisées de Ouagadougou. De cette initiative naît le « métier à tisser amélioré », un métier horizontal, adapté aux morphologies féminines, permettant d’augmenter la productivité. Dans ce cadre, le caractère mystique ou social du tissage s’efface pour laisser place à une dominante plus économique : tisser est une activité productive, source de revenus pour ces femmes défavorisées.

Un symbole d’émancipation

    Cette étoffe se charge de nouveau d’un sens symbolique lors de l’arrivée du capitaine Sankara au pouvoir, en 1983. Résolument orienté à gauche, il développe une politique axée sur le développement local, l’autosuffisance et la réduction des inégalités. C’est dans ce cadre qu’il promeut le pagne tissé, qu’il décrit comme l’étoffe du burkinabé patriote. Le tissu est bénéfique à l’économie du pays, à son autonomie et son indépendance, mais aussi à la préservation et valorisation de savoir-faire artisanaux de qualité. En effet, de la graine au pagne sa production est locale, et les savoir-faire et procédés productifs sont traditionnels. Le président en encourage donc la consommation – parfois de manière quelque peu forcée – et en favorise la production, par le développement de coopératives de tissage. Le tissu devient alors plus que l’objet de mythes et croyances, et s’impose comme symbole d’un patriotisme fort et assumé.

Pagne tissé

Le centre d’excellence textile d’Afrika Tiss et quelques unes de ses tisserandes.

Un enjeu de développement

    Aujourd’hui, « réintroduire » un tel tissage est une des réponses au sous-développement que connaît le Burkina. Les successeurs de Thomas Sankara n’ont pas promu ni défendu le pagne tissé comme avait pu le faire le militaire, et l’ouverture du marché à d’autres tissus, moins chers et plus en vogue, ont contribué à la perte de popularité de l’étoffe, pourtant riche de conséquences positives pour le pays.

Pagne tissé

Boutique d’un tailleur de tenues traditionnelles à Ouagadougou.

Pagne tissé

Quelques pagnes tissés par les femmes de l’Association des Tisserandes de Kadiogo à Ouagadougou.

    Produire une telle étoffe ne résout évidemment pas tous les problèmes liés à la structure même de l’économie burkinabé, mais a le mérite d’utiliser des ressources disponibles localement, et d’inciter à fonctionner en filières courtes. Redévelopper les activités de tissages traditionnelles permet aussi de favoriser un changement de la structure de l’économie, en passant d’un modèle de production et d’exportation de matières premières, à une économie plus diversifiée, qui transformerait aussi les ressources dont le pays est riche. La production étant artisanale, elle est plus respectueuse des humains et de l’environnement, tout en étant riche en emplois et en lien social. Produire et acheter du pagne tissé, c’est aussi participer à la préservation de savoir-faire ancestraux, qui bien qu’adaptés pour répondre à de nouvelles exigences de marché ou d’usages restent transmis au fil des générations.

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    L’exemple du pagne tissé illustre parfaitement les problèmes que rencontrent les pays en voie de développement. Comme d’autres pays, le Burkina Faso tente de tirer son épingle du jeu entre l’influence de la mondialisation, l’importation de produits plus compétitifs et la conservation de ses traditions. Mais tout n’est pas perdu quant au Faso Dan Fani. Depuis le mandat de Sankara, le tissu garde une image forte auprès des burkinabé. Aujourd’hui, il est célébré chaque 8 mars à l’occasion de la journée de la femme, où un pagne officiel est déterminé par une délégation spéciale (en savoir plus dans notre article). Un label est également en cours d’élaboration, afin de valoriser la production burkinabé pour faire face aux imitations importées et protéger la filière locale. Cet article vous a plu ? Découvrez sur notre e-shop, notre collection de coussins en pagne tissé 100% burkinabé.

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